Le raisonnement par récurrence
Cette fiche présente une méthode pour démontrer une inégalité vraie pour tous les entiers . Le grand exemple du milieu se lit pas à pas : prendre le temps de le refaire à la main.
1. Dans quels cas utiliser une démonstration par récurrence
On utilise la récurrence quand il faut démontrer une égalité, une inéquation, une formule pour tout entier naturel , et que l'on connaît le lien entre un terme et le suivant, par exemple .
Si la suite est donnée par une formule en (comme ), on peut souvent encadrer directement. La récurrence est surtout utile pour les suites définies à partir de leur terme précédent.
Démontrer une inégalité pour tout entier naturel
Typiquement, la récurrence sert à démontrer des inégalités comme :
- pour tout ;
- pour tout ;
- pour tout .
Le principe se visualise avec une rangée de dominos. Pour qu'ils tombent tous, il faut deux choses :
- Initialisation : le premier domino tombe.
- Hérédité : si un domino tombe, alors il fait tomber le suivant.
- Conclusion : tous les dominos tombent.
En mathématiques : on démontre c'est-à-dire on regarde si ce qu'on veut démontrer est vrai pour le premier terme, puis on démontre que vraie entraîne vraie, c'est-à-dire on démontre que notre opération qu'on suppose vraie entraîne le fait que l'opération au rang suivant l'est aussi. Enfin, on en conclut que est vraie pour tout .
2. Grand exemple de démonstration par récurrence
Énoncé
Soit la suite définie par et, pour tout entier naturel :
Démontrer que, pour tout entier naturel , .
Avant de rédiger : poser la propriété
On écrit clairement la propriété à démontrer, avec un nom :
On écrit aussi ce que dirait cette propriété au rang suivant, car c'est elle que l'hérédité devra démontrer :
Pourquoi : il faut savoir exactement où l'on va avant de calculer.
Étape 1 : Initialisation
Vérifier que est vraie, c'est-à-dire que l'inégalité est vraie pour le premier rang.
est vraie.
Pourquoi cette étape est importante : c'est le premier domino. Sans lui, rien ne peut tomber.
Étape 2 : Hérédité
a) Poser l'hypothèse. Soit un entier naturel quelconque. Supposons que est vraie, c'est-à-dire :
Pourquoi : on ne démontre pas cette inégalité, on l'admet temporairement pour construire la suite du raisonnement. Le mot « quelconque » est important : on raisonne pour un rang général.
b) On annonce l'objectif. Il faut montrer que est vraie :
On reprend l'hypothèse de récurrence c'est-à-dire et on remplace par :
c) On calcule. On reprend dans l'énoncé ce qu'est soit :
Et notre but est de réécrire à partir de l'hypothèse de récurrence pour qu'on ait un encadrement de . Si les choses sont bien faites, on devrait retomber sur ce qu'on veut démontrer.
Donc on utilise et on écrit en premeir l'hypothèse de récurrence soit :
On multiplie de part et d'autre par 2 soit :
Comme 2 est positif le sens de l'inégalité ne change pas
On ajoute 1 :
On est retombé sur qui est notre . Donc :
Or, Donc :
d) On conclut. On a obtenu : est vraie.
Pourquoi : on a montré que, si est vraie, alors est vraie. C'est le passage d'un domino au suivant.
Étape 3 : Conclusion
est vraie (initialisation) et vraie entraîne vraie (hérédité). Par le principe de récurrence, est vraie pour tout entier naturel .
La rédaction complète, à retenir
Voici la version propre, telle qu'on la rédigerait sur une copie.
Pour tout entier naturel , on note la propriété : .
Initialisation. Pour : . Donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier naturel. Supposons que est vraie, c'est-à-dire . Montrons que est vraie, c'est-à-dire .
D'après l'hypothèse de récurrence, .
Donc .
Or .
Donc
Or, car .
Ainsi
est donc vraie.
Conclusion. On a démontré que est vraie et que l'est. Par récurrence, est donc vraie pour tout .
3. Erreurs fréquentes
Oublier l'initialisation qui est très importante
L'hérédité seule ne démontre rien : sans premier domino, aucun ne tombe.
Prendre . L'hérédité fonctionne : si , alors en ajoutant 1 des deux côtés, , on arrivera sur vraie. Pourtant la propriété est fausse, si on teste l'égalité pour le premier terme on tombe sur 0 = 1 ce qui est faux. C'est l'initialisation qui échoue, et qui le révèle.
Mal rédiger la conclusion
La conclusion doit rappeler les deux étapes et préciser pour quels la propriété est vraie.
- À éviter : « Donc c'est démontré. » ou « Donc est vraie. » Ces phrases ne disent ni pourquoi ni pour quels entiers.
- À écrire : « est vraie et vraie entraîne vraie. Par récurrence, est vraie pour tout entier naturel . »
Hypothèse de récurrence non utilisée
L'hypothèse de récurrence est le seul lien entre le rang et le rang . Si elle n'apparaît nulle part dans l'hérédité, la preuve est fausse (ou la récurrence est inutile).
Dans l'exemple précédent, écrire « » sans passer par ne justifie rien : rien n'indique que est grand. Relire l'hérédité et repérer la ligne où l'on utilise l'hypothèse de récurrence. Si cette ligne n'existe pas, il manque une étape.