Mon cahier › Probabilités

La loi binomiale

Cette fiche apprend à reconnaître une loi binomiale et à l'utiliser. Un grand exemple guidé sert de fil conducteur : le suivre étape par étape, en refaisant les calculs.


Grand exemple guidé

Énoncé. Un joueur de basket effectue 3 lancers francs. À chaque lancer, il réussit avec une probabilité de 0,60{,}6, indépendamment des autres lancers.

On s'intéresse au nombre de lancers réussis.

Reconnaître une situation de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli est une expérience qui n'a que deux issues :

  • le succès SS, de probabilité pp ;
  • l'échec EE, de probabilité 1−p1 - p.

Ici, un lancer franc est une épreuve de Bernoulli : réussi (SS) avec p=0,6p = 0{,}6, raté (EE) avec 1−p=0,41 - p = 0{,}4.

Répéter plusieurs fois la même épreuve de façon indépendante s'appelle un schéma de Bernoulli. Ici, on répète n=3n = 3 fois.

Vérifier les trois conditions :

  • la même épreuve est répétée : chaque lancer est identique ;
  • chaque épreuve a deux issues : réussi ou raté ;
  • les épreuves sont indépendantes : c'est précisé dans l'énoncé.

Construire le schéma

Représenter les 3 lancers dans un arbre. Chaque trajet de gauche à droite est une suite de résultats possibles. Le nombre à droite est le nombre de succès dans ce trajet.

Début
├── S (0,6)
│   ├── S (0,6)
│   │   ├── S (0,6)   → SSS   3 succès
│   │   └── E (0,4)   → SSE   2 succès
│   └── E (0,4)
│       ├── S (0,6)   → SES   2 succès
│       └── E (0,4)   → SEE   1 succès
└── E (0,4)
    ├── S (0,6)
    │   ├── S (0,6)   → ESS   2 succès
    │   └── E (0,4)   → ESE   1 succès
    └── E (0,4)
        ├── S (0,6)   → EES   1 succès
        └── E (0,4)   → EEE   0 succès

Définir la variable aléatoire

Écrire précisément ce que compte la variable aléatoire :

Soit XX la variable aléatoire égale au nombre de lancers réussis parmi les 3 lancers.

XX peut prendre les valeurs 00, 11, 22 ou 33.

Identifier la loi binomiale

XX compte le nombre de succès dans un schéma de Bernoulli de n=3n = 3 épreuves, avec une probabilité de succès p=0,6p = 0{,}6. XX suit donc la loi binomiale de paramètres n=3n = 3 et p=0,6p = 0{,}6 :

X∼B(3 ; 0,6)X \sim \mathcal{B}(3\ ;\ 0{,}6)

Pour tout entier kk entre 00 et nn :

P(X=k)=(nk) pk (1−p)n−kP(X = k) = \binom{n}{k} \, p^k \, (1 - p)^{n-k}

D'où vient cette formule ? Sur l'arbre :

  • chaque chemin avec exactement kk succès a pour probabilité pk(1−p)n−kp^k (1 - p)^{n-k} (on multiplie les branches) ;
  • le nombre de chemins avec exactement kk succès est (nk)\dbinom{n}{k}.

Il suffit de multiplier les deux. Pour k=2k = 2 : les chemins SSESSE, SESSES et ESSESS sont au nombre de (32)=3\dbinom{3}{2} = 3, et chacun a pour probabilité 0,62×0,40{,}6^2 \times 0{,}4.

Calculer des probabilités

Probabilité d'avoir exactement 2 lancers réussis :

P(X=2)=(32)×0,62×0,41=3×0,36×0,4=0,432P(X = 2) = \binom{3}{2} \times 0{,}6^2 \times 0{,}4^1 = 3 \times 0{,}36 \times 0{,}4 = 0{,}432

On calcule de même les autres valeurs :

kk00112233
P(X=k)P(X = k)0,0640{,}0640,2880{,}2880,4320{,}4320,2160{,}216

Vérification : 0,064+0,288+0,432+0,216=10{,}064 + 0{,}288 + 0{,}432 + 0{,}216 = 1.

Probabilité d'avoir au moins 1 lancer réussi. Passer par l'événement contraire est plus rapide : « au moins 1 » est le contraire de « aucun ».

P(X≥1)=1−P(X=0)=1−0,064=0,936P(X \geq 1) = 1 - P(X = 0) = 1 - 0{,}064 = 0{,}936

Probabilité d'avoir au plus 1 lancer réussi.

P(X≤1)=P(X=0)+P(X=1)=0,064+0,288=0,352P(X \leq 1) = P(X = 0) + P(X = 1) = 0{,}064 + 0{,}288 = 0{,}352

La calculatrice permet aussi de calculer ces probabilités avec sa fonction de loi binomiale.

Calculer et interpréter l'espérance

Pour une loi binomiale :

E(X)=n×pE(X) = n \times p

E(X)=3×0,6=1,8E(X) = 3 \times 0{,}6 = 1{,}8

Interprétation. Si le joueur effectuait un très grand nombre de séries de 3 lancers, il réussirait en moyenne 1,8 lancer par série. Ce n'est pas un nombre de réussites possible lors d'une série (on réussit 0, 1, 2 ou 3 lancers), mais c'est la moyenne sur de nombreuses séries.

Sur une copie il faudrait écrire :

Un lancer franc représente une épreuve de Bernoulli de succès 0,60{,}6.

On répète cette épreuve de Bernoulli 33 fois de manière indépendante.

La variable aléatoire XX compte le nombre de succès.

Ainsi, XX suit la loi binomiale B(3 ;0,6)\mathcal{B}(3\,;0{,}6).


Erreurs fréquentes

Ne pas vérifier les conditions d'une loi binomiale

Avant d'utiliser la loi binomiale, vérifier les trois conditions : même épreuve répétée, deux issues, épreuves indépendantes.

Tirer 3 boules sans remise dans une urne et compter les boules rouges ne donne pas une loi binomiale : la composition de l'urne change à chaque tirage, donc les tirages ne sont pas indépendants et la probabilité de succès n'est pas constante.

Confondre nn et pp

nn est le nombre d'épreuves (un entier), pp est la probabilité de succès (un nombre entre 0 et 1). Dans B(n ; p)\mathcal{B}(n\ ;\ p), nn vient en premier.

Dans notre exemple : n=3n = 3 lancers et p=0,6p = 0{,}6. Écrire B(0,6 ; 3)\mathcal{B}(0{,}6\ ;\ 3) est faux.

Mal définir la variable aléatoire

Toujours préciser ce que XX compte, sans laisser d'ambiguïté. Écrire seulement « XX est le nombre de succès » ne suffit pas.

Écrire : « Soit XX la variable aléatoire égale au nombre de lancers réussis parmi les 3 lancers. »

Confondre P(X=k)P(X = k) avec P(X≤k)P(X \leq k), P(X≥k)P(X \geq k), etc.

Lire l'énoncé avec soin :

  • « exactement kk » : P(X=k)P(X = k) ;
  • « au plus kk » : P(X≤k)P(X \leq k) ;
  • « au moins kk » : P(X≥k)P(X \geq k).

Dans notre exemple :

  • P(X=2)=0,432P(X = 2) = 0{,}432 ;
  • P(X≤2)=0,064+0,288+0,432=0,784P(X \leq 2) = 0{,}064 + 0{,}288 + 0{,}432 = 0{,}784 ;
  • P(X≥2)=0,432+0,216=0,648P(X \geq 2) = 0{,}432 + 0{,}216 = 0{,}648.

Se tromper dans le coefficient binomial (nk)\binom{n}{k}

(nk)\dbinom{n}{k} est le nombre de chemins ayant kk succès parmi nn épreuves. Ce n'est ni n×kn \times k, ni nkn^k.

Par exemple (42)=6\dbinom{4}{2} = 6, et non 4×2=84 \times 2 = 8. On a aussi (n0)=1\dbinom{n}{0} = 1 et (nn)=1\dbinom{n}{n} = 1.

Autre oubli classique : omettre le coefficient. Calculer 0,62×0,4=0,1440{,}6^2 \times 0{,}4 = 0{,}144 donne la probabilité d'un seul chemin à 2 succès. Il en existe 3, d'où 3×0,144=0,4323 \times 0{,}144 = 0{,}432.

Mal interpréter l'espérance

E(X)=npE(X) = np représente le nombre moyen de succès sur un grand nombre de séries, pas forcément un nombre de succès possible.

Ici, E(X)=1,8E(X) = 1{,}8 alors que le joueur réussit 00, 11, 22 ou 33 lancers lors d'une série. 1,8 n'est jamais obtenu lors d'une série ; c'est la moyenne.

Tu as tout compris ? Vérifie-le en quelques questions.

Faire le quiz