Intégration par parties
Certaines intégrales de produits ne se calculent pas avec les primitives usuelles. L'intégration par parties est une méthode qui les transforme en une intégrale plus simple. Cette fiche explique son principe, la marche à suivre, puis déroule un grand exemple.
1. Comprendre l'intégration par parties
À quoi sert cette méthode ?
Elle sert à calculer l'intégrale d'un produit de deux fonctions quand on ne connaît pas directement une primitive de ce produit.
Exemple : ∫01xexdx. Dans le tableau des primitives usuelles, aucune ligne ne donne une primitive de xex. On ne trouve pas de primitive.
Reconnaître les situations où elle est utile
Chercher un produit dont l'un des facteurs se simplifie quand on le dérive. Les cas les plus courants :
- polynôme × exponentielle : xex, (2x+1)ex ;
- polynôme × cosinus ou sinus : xcos(x), xsin(x) ;
- polynôme × logarithme : xln(x), x2ln(x).
Avant de se lancer, vérifier qu'une méthode plus simple ne suffit pas (voir les erreurs fréquentes).
Comprendre le principe de la méthode
La méthode vient de la formule de dérivation d'un produit. Si u et v sont dérivables :
(uv)′=u′v+uv′
On isole le terme qui nous intéresse :
uv′=(uv)′−u′v
En intégrant entre a et b, on obtient la formule d'intégration par parties. Si u et v sont dérivables, avec des dérivées continues, alors :
∫abu(x)v′(x)dx=[u(x)v(x)]ab−∫abu′(x)v(x)dx
L'idée : on remplace l'intégrale de départ, ∫uv′, par une autre, ∫u′v, plus simple à calculer.
2. Appliquer la méthode
Exemple fil conducteur : I=∫01xexdx.
Choisir les fonctions u et v′
Il faut décomposer le produit en deux facteurs : l'un sera u (on le dérivera), l'autre sera v′ (on le primitivera).
Règle de choix :
- u : le facteur qui se simplifie quand on le dérive (un polynôme dont le degré baisse, ou ln(x) dont la dérivée est x1) ;
- v′ : le facteur dont on connaît une primitive (une exponentielle, un cosinus, un sinus, une puissance de x). Le but est de rendre les calculs le plus simple possible.
| Produit | Choix de u | Choix de v′ |
|---|
| xex, xcos(x), xsin(x) | u=x | v′=ex, cos(x), sin(x) |
| xln(x), x2ln(x) | u=ln(x) | v′=x, x2 |
Pour I=∫01xexdx : u(x)=x et v′(x)=ex.
Déterminer u′ et v
- On dérive u : u′(x)=1.
- On primitive v′ : v(x)=ex. Une seule primitive suffit, sans constante.
I=[xex]01−∫011×exdx
Calculer et simplifier le résultat
- Le crochet : [xex]01=1×e1−0×e0=e.
- La nouvelle intégrale : ∫01exdx=[ex]01=e−1.
I=e−(e−1)=1
On retrouve que x↦(x−1)ex est une primitive de xex : [(x−1)ex]01=0−(−1)=1.
3. Grand exemple guidé
Énoncé. Calculer :
I=∫1exln(x)dx
Identifier les fonctions à choisir
L'intégrale est un produit de x et de ln(x). On ne connaît pas de primitive de ln(x) dans le tableau usuel, en revanche sa dérivée est simple : x1. Et on connaît une primitive de x.
On choisit donc :
- u(x)=ln(x) ;
- v′(x)=x.
Calculer leurs dérivées et primitives nécessaires
I=[uv]1e−∫1eu′vdx=[2x2ln(x)]1e−∫1ex1×2x2dx
Terminer le calcul
Le crochet. Remplacer par les bornes :
[2x2ln(x)]1e=2e2ln(e)−21ln(1)=2e2×1−21×0=2e2
La nouvelle intégrale. Simplifier d'abord l'expression : x1×2x2=2x. Donc :
∫1e2xdx=[4x2]1e=4e2−41=4e2−1
Résultat.
I=2e2−4e2−1=42e2−e2+1=4e2+1≈2,10
Vérifier le résultat
Vérification 1 : dériver la primitive obtenue. La méthode a fourni la primitive G(x)=2x2ln(x)−4x2. Dérivons-la :
G′(x)=xln(x)+2x2×x1−2x=xln(x)+2x−2x=xln(x)
On retrouve bien l'expression à intégrer.
Vérification 2 : le signe. Sur [1 ; e], ln(x)≥0, donc xln(x)≥0 : l'intégrale doit être positive. C'est bien le cas.
4. Erreurs fréquentes
Faire un mauvais choix de u et v′
Choisir u comme le facteur qui se simplifie en dérivant. Un mauvais choix complique l'intégrale au lieu de la simplifier.
Pour ∫01xexdx avec u=ex et v′=x : on a v=2x2, et la nouvelle intégrale est ∫01ex×2x2dx, avec une puissance de x plus grande qu'au départ. Le choix u=x est le bon.
Se tromper dans le calcul de u′ ou de v
u′ est une dérivée, v est une primitive. Ne pas les confondre.
- si v′(x)=sin(x), alors v(x)=−cos(x) (et non cos(x)) ;
- si v′(x)=e2x, alors v(x)=21e2x (le coefficient compte) ;
- si u(x)=ln(x), alors u′(x)=x1.
Oublier les bornes dans une intégrale définie
Les bornes doivent apparaître dans le crochet et dans la nouvelle intégrale.
Pour I=∫01xexdx, on écrit :
I=[xex]01−∫01exdx
et non I=xex−∫exdx (qui ne donne pas un nombre).
La formule contient un signe moins devant la nouvelle intégrale :
∫abuv′=[uv]ab−∫abu′v
Exemple : ∫0π/2xsin(x)dx, avec u=x et v′=sin(x), donc u′=1 et v=−cos(x).
∫0π/2xsin(x)dx=[−xcos(x)]0π/2−∫0π/2(−cos(x))dx=0+[sin(x)]0π/2=1
Une erreur de signe donnerait −1. Un test rapide l'exclut : la fonction xsin(x) est positive sur [0 ; 2π], donc l'intégrale doit être positive.
Commettre une erreur de calcul
Les erreurs viennent souvent de la simplification ou de l'évaluation aux bornes.
- simplifier avec soin : x1×2x2=2x, et non 2xx2 laissé tel quel ou 2x2 ;
- se souvenir que ln(1)=0 et ln(e)=1 quand on remplace par les bornes.
Utiliser l'intégration par parties alors qu'une méthode plus simple suffit
Avant d'intégrer par parties, chercher une primitive directe.
Exemple : ∫012xex2dx. C'est un produit, mais il est de la forme u′eu avec u(x)=x2 : une primitive est ex2.
∫012xex2dx=[ex2]01=e−1
L'intégration par parties est inutile ici.