Mon cahier › Géométrie dans l’espace

Orthogonalité dans l'espace

Cette fiche étend le produit scalaire à l'espace, puis l'utilise pour parler de droites orthogonales, de plans perpendiculaires et de projections orthogonales.

Dans toute la fiche, l'espace est muni d'un repère orthonormé.


1. Produit scalaire dans l'espace

Définition et calcul du produit scalaire

Comme dans le plan, le produit scalaire de deux vecteurs u⃗\vec{u} et v⃗\vec{v} est un nombre, noté u⃗⋅v⃗\vec{u} \cdot \vec{v} :

u⃗⋅v⃗=∥u⃗∥×∥v⃗∥×cos⁡(u⃗,v⃗^)\vec{u} \cdot \vec{v} = \|\vec{u}\| \times \|\vec{v}\| \times \cos(\widehat{\vec{u}, \vec{v}})

où u⃗,v⃗^\widehat{\vec{u}, \vec{v}} est l'angle entre les deux vecteurs (ils sont toujours dans un même plan, même dans l'espace).

Calcul à partir des coordonnées

Dans un repère orthonormé :

Pour u⃗(xyz)\vec{u}\begin{pmatrix} x \\ y \\ z \end{pmatrix} et v⃗(x′y′z′)\vec{v}\begin{pmatrix} x' \\ y' \\ z' \end{pmatrix} :

u⃗⋅v⃗=x x′+y y′+z z′\vec{u} \cdot \vec{v} = x\,x' + y\,y' + z\,z'

La norme d'un vecteur se calcule avec la même idée : ∥u⃗∥=u⃗⋅u⃗=x2+y2+z2\|\vec{u}\| = \sqrt{\vec{u} \cdot \vec{u}} = \sqrt{x^2 + y^2 + z^2}.

Exemple : u⃗(123)\vec{u}\begin{pmatrix} 1 \\ 2 \\ 3 \end{pmatrix} et v⃗(2−11)\vec{v}\begin{pmatrix} 2 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix}.

u⃗⋅v⃗=1×2+2×(−1)+3×1=2−2+3=3\vec{u} \cdot \vec{v} = 1 \times 2 + 2 \times (-1) + 3 \times 1 = 2 - 2 + 3 = 3

Interprétation du signe et du résultat

Le signe du produit scalaire renseigne sur l'angle θ\theta entre les vecteurs (non nuls) :

  • u⃗⋅v⃗>0\vec{u} \cdot \vec{v} > 0 : l'angle est aigu (cos⁡θ>0\cos \theta > 0) ;
  • u⃗⋅v⃗<0\vec{u} \cdot \vec{v} < 0 : l'angle est obtus (cos⁡θ<0\cos \theta < 0) ;
  • u⃗⋅v⃗=0\vec{u} \cdot \vec{v} = 0 : l'angle est droit.

On peut aussi retrouver l'angle : cos⁡θ=u⃗⋅v⃗∥u⃗∥×∥v⃗∥\cos \theta = \dfrac{\vec{u} \cdot \vec{v}}{\|\vec{u}\| \times \|\vec{v}\|}.

Exemple : pour les vecteurs précédents, ∥u⃗∥=14\|\vec{u}\| = \sqrt{14} et ∥v⃗∥=6\|\vec{v}\| = \sqrt{6}, donc cos⁡θ=384≈0,327\cos \theta = \dfrac{3}{\sqrt{84}} \approx 0{,}327. Le produit scalaire est positif : l'angle est aigu, d'environ 71∘71^\circ.

Lien entre produit scalaire nul et orthogonalité

Deux vecteurs sont orthogonaux si et seulement si leur produit scalaire est nul :

u⃗⊥v⃗  ⟺  u⃗⋅v⃗=0\vec{u} \perp \vec{v} \iff \vec{u} \cdot \vec{v} = 0

Le vecteur nul est considéré comme orthogonal à tous les vecteurs.


2. Orthogonalité des droites et des vecteurs

Vecteurs orthogonaux

Exemple : u⃗(12−1)\vec{u}\begin{pmatrix} 1 \\ 2 \\ -1 \end{pmatrix} et v⃗(303)\vec{v}\begin{pmatrix} 3 \\ 0 \\ 3 \end{pmatrix}.

u⃗⋅v⃗=3+0−3=0\vec{u} \cdot \vec{v} = 3 + 0 - 3 = 0. Les vecteurs sont orthogonaux.

Deux droites orthogonales

Deux droites de l'espace sont orthogonales lorsque leurs vecteurs directeurs sont orthogonaux. Cette définition ne demande pas que les droites se coupent.

Comment vérifier l'orthogonalité à partir des vecteurs directeurs

  1. Repérer un vecteur directeur u⃗\vec{u} de la première droite et v⃗\vec{v} de la seconde.
  2. Calculer u⃗⋅v⃗\vec{u} \cdot \vec{v}.
  3. Si le résultat est 00, les droites sont orthogonales ; sinon, elles ne le sont pas.

Attention à la différence entre orthogonales et perpendiculaires dans l'espace

  • Deux droites sont orthogonales si leurs directions forment un angle droit.
  • Deux droites sont perpendiculaires si elles sont orthogonales et sécantes (elles se coupent).

Deux droites perpendiculaires sont donc orthogonales, mais deux droites orthogonales ne sont pas toujours perpendiculaires.

Exemple : dans le cube ABCDEFGHABCDEFGH, avec le repère (A ; AB→, AD→, AE→)\left(A\ ;\ \overrightarrow{AB},\ \overrightarrow{AD},\ \overrightarrow{AE}\right), on a A(0 ; 0 ; 0)A(0\ ;\ 0\ ;\ 0), B(1 ; 0 ; 0)B(1\ ;\ 0\ ;\ 0), C(1 ; 1 ; 0)C(1\ ;\ 1\ ;\ 0) et G(1 ; 1 ; 1)G(1\ ;\ 1\ ;\ 1).

  • AB→(100)\overrightarrow{AB}\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} et CG→(001)\overrightarrow{CG}\begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} : AB→⋅CG→=0\overrightarrow{AB} \cdot \overrightarrow{CG} = 0. Les droites (AB)(AB) et (CG)(CG) sont orthogonales.
  • Mais elles ne se coupent pas ((AB)(AB) a pour équations y=0y = 0 et z=0z = 0 ; (CG)(CG) a pour équations x=1x = 1 et y=1y = 1 : aucun point commun). Elles ne sont donc pas perpendiculaires.

3. Droite et plan

Droite orthogonale à un plan

Une droite (d)(d) est orthogonale à un plan (P)(P) lorsqu'elle est orthogonale à toutes les droites de (P)(P).

Critère permettant de montrer qu'une droite est orthogonale à un plan

Il suffit de vérifier l'orthogonalité avec deux directions non colinéaires du plan.

Critère. Soit u⃗\vec{u} un vecteur directeur de (d)(d), et soient v1⃗\vec{v_1} et v2⃗\vec{v_2} deux vecteurs non colinéaires dirigeant (P)(P). Si u⃗⋅v1⃗=0\vec{u} \cdot \vec{v_1} = 0 et u⃗⋅v2⃗=0\vec{u} \cdot \vec{v_2} = 0, alors (d)(d) est orthogonale à (P)(P).

Exemple : (P)(P) est le plan passant par A(0 ; 0 ; 0)A(0\ ;\ 0\ ;\ 0) dirigé par v1⃗(1−10)\vec{v_1}\begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 0 \end{pmatrix} et v2⃗(01−1)\vec{v_2}\begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ -1 \end{pmatrix}, et u⃗(111)\vec{u}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}.

  • u⃗⋅v1⃗=1−1+0=0\vec{u} \cdot \vec{v_1} = 1 - 1 + 0 = 0 ;
  • u⃗⋅v2⃗=0+1−1=0\vec{u} \cdot \vec{v_2} = 0 + 1 - 1 = 0.

Toute droite de vecteur directeur u⃗\vec{u} est orthogonale à (P)(P).

Utilisation des vecteurs normaux

Un vecteur normal à un plan (P)(P) est un vecteur non nul orthogonal à ce plan, c'est-à-dire un vecteur directeur d'une droite orthogonale à (P)(P). Dans l'exemple précédent, n⃗(111)\vec{n}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} est un vecteur normal à (P)(P).

Équation d'un plan. Le plan passant par A(xA ; yA ; zA)A(x_A\ ;\ y_A\ ;\ z_A) et de vecteur normal n⃗(abc)\vec{n}\begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} est l'ensemble des points MM tels que AM→⋅n⃗=0\overrightarrow{AM} \cdot \vec{n} = 0, soit :

a(x−xA)+b(y−yA)+c(z−zA)=0a(x - x_A) + b(y - y_A) + c(z - z_A) = 0

On en tire une équation de la forme ax+by+cz+d=0ax + by + cz + d = 0. Les coefficients de xx, yy et zz donnent donc directement un vecteur normal.

Exemple : plan passant par A(1 ; 0 ; 2)A(1\ ;\ 0\ ;\ 2) de vecteur normal n⃗(12−1)\vec{n}\begin{pmatrix} 1 \\ 2 \\ -1 \end{pmatrix}.

(x−1)+2y−(z−2)=0  ⟺  x+2y−z+1=0(x - 1) + 2y - (z - 2) = 0 \iff x + 2y - z + 1 = 0

Vérification : pour AA, 1+0−2+1=01 + 0 - 2 + 1 = 0 ✓.

Plans perpendiculaires

Deux plans sont perpendiculaires lorsque leurs vecteurs normaux sont orthogonaux.

Exemple : (P):x+y+z=0(P) : x + y + z = 0 (normal (111)\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}) et (P′):x−y=0(P') : x - y = 0 (normal (1−10)\begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 0 \end{pmatrix}).

Produit scalaire des vecteurs normaux : 1−1+0=01 - 1 + 0 = 0. Les plans (P)(P) et (P′)(P') sont perpendiculaires.


4. Projection orthogonale

Projection orthogonale d'un point sur une droite

Soit (d)(d) une droite de vecteur directeur u⃗\vec{u} et MM un point. Le projeté orthogonal de MM sur (d)(d) est le point HH de (d)(d) tel que MH→\overrightarrow{MH} est orthogonal à u⃗\vec{u}. C'est le point de (d)(d) le plus proche de MM.

Projection orthogonale d'un point sur un plan

Soit (P)(P) un plan de vecteur normal n⃗\vec{n} et MM un point. Le projeté orthogonal de MM sur (P)(P) est le point HH de (P)(P) tel que MH→\overrightarrow{MH} est colinéaire à n⃗\vec{n}. C'est le point de (P)(P) le plus proche de MM.

Reconnaître et construire une projection orthogonale

Pour construire le projeté, il y a deux méthodes, selon l'objet.

Sur une droite. Soit A∈(d)A \in (d). Écrire H=A+t u⃗H = A + t\,\vec{u} (un point de (d)(d) avec un paramètre tt), puis imposer MH→⋅u⃗=0\overrightarrow{MH} \cdot \vec{u} = 0. On obtient une équation en tt.

Exemple : (d)(d) passant par A(1 ; 0 ; 1)A(1\ ;\ 0\ ;\ 1) de vecteur directeur u⃗(110)\vec{u}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix}, et M(3 ; 0 ; 3)M(3\ ;\ 0\ ;\ 3).

Le point HH a pour coordonnées (1+t ; t ; 1)(1 + t\ ;\ t\ ;\ 1). Donc MH→(t−2t−2)\overrightarrow{MH}\begin{pmatrix} t - 2 \\ t \\ -2 \end{pmatrix}. La condition MH→⋅u⃗=0\overrightarrow{MH} \cdot \vec{u} = 0 donne :

(t−2)+t+0=0  ⟺  t=1(t - 2) + t + 0 = 0 \iff t = 1

Le projeté est H(2 ; 1 ; 1)H(2\ ;\ 1\ ;\ 1).

Sur un plan. Écrire H=M+k n⃗H = M + k\,\vec{n} (on part de MM dans la direction normale), puis imposer que HH vérifie l'équation du plan. On obtient une équation en kk.

Exemple : (P):x+y+z−3=0(P) : x + y + z - 3 = 0, de vecteur normal n⃗(111)\vec{n}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}, et M(2 ; 2 ; 2)M(2\ ;\ 2\ ;\ 2).

Le point HH a pour coordonnées (2+k ; 2+k ; 2+k)(2 + k\ ;\ 2 + k\ ;\ 2 + k). Dans l'équation du plan :

3(2+k)−3=0  ⟺  3+3k=0  ⟺  k=−13(2 + k) - 3 = 0 \iff 3 + 3k = 0 \iff k = -1

Le projeté est H(1 ; 1 ; 1)H(1\ ;\ 1\ ;\ 1).

Lien entre projection orthogonale et perpendicularité

Si MM n'est pas sur la droite (d)(d), la droite (MH)(MH) est perpendiculaire à (d)(d) : elle est orthogonale à (d)(d) et elles se coupent en HH.

Pour un plan, la droite (MH)(MH) est orthogonale au plan (P)(P).

Utilisation de la projection pour déterminer des longueurs/distances

La distance d'un point MM à une droite ou à un plan est la longueur MHMH, où HH est le projeté orthogonal de MM.

Exemples :

  • distance de M(3 ; 0 ; 3)M(3\ ;\ 0\ ;\ 3) à la droite (d)(d) de l'exemple précédent : MH→(−11−2)\overrightarrow{MH}\begin{pmatrix} -1 \\ 1 \\ -2 \end{pmatrix} (avec H(2 ; 1 ; 1)H(2\ ;\ 1\ ;\ 1)), donc MH=1+1+4=6MH = \sqrt{1 + 1 + 4} = \sqrt{6} ;
  • distance de M(2 ; 2 ; 2)M(2\ ;\ 2\ ;\ 2) au plan (P)(P) : MH→(−1−1−1)\overrightarrow{MH}\begin{pmatrix} -1 \\ -1 \\ -1 \end{pmatrix}, donc MH=3MH = \sqrt{3}.

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