Mon cahier › Continuité et théorème de la bijection

Le théorème des valeurs intermédiaires et de la bijection

Cette fiche apprend à démontrer qu'une équation f(x)=kf(x) = k a une solution unique, puis à l'encadrer. Un grand exemple guidé suit toute la démarche, de la rédaction jusqu'à la calculatrice.


1. Monotonie et bijection

Lien entre stricte monotonie et unicité

Si une fonction est strictement monotone sur un intervalle II, alors l'équation f(x)=kf(x) = k a au plus une solution dans II.

Comprendre pourquoi une fonction strictement monotone prend chaque valeur au plus une fois

Prenons ff strictement croissante sur II. Si x1<x2x_1 < x_2, alors f(x1)<f(x2)f(x_1) < f(x_2), donc f(x1)≠f(x2)f(x_1) \neq f(x_2).

Deux réels différents ont donc toujours des images différentes. Il est impossible que deux valeurs de xx aient la même image kk : la valeur kk est atteinte au plus une fois. Le raisonnement est le même pour une fonction strictement décroissante.

Exemple : la fonction x↦x2x \mapsto x^2 n'est pas strictement monotone sur [−2 ; 2][-2\ ;\ 2], et l'équation x2=4x^2 = 4 y a deux solutions, −2-2 et 22. Sur [0 ; 2][0\ ;\ 2], elle est strictement croissante, et l'équation x2=4x^2 = 4 n'a qu'une solution : 22.

Lien avec l'existence et l'unicité d'une solution

La stricte monotonie donne l'unicité (au plus une solution). Elle ne garantit pas l'existence : il faut aussi que la fonction n'ait pas de « saut ».

Exemple : g(x)=xg(x) = x si x<1x < 1 et g(x)=x+2g(x) = x + 2 si x≥1x \geq 1. Sur [0 ; 2][0\ ;\ 2], gg est strictement croissante, mais l'équation g(x)=2g(x) = 2 n'a aucune solution : les valeurs prises sont dans [0 ; 1[[0\ ;\ 1[ puis dans [3 ; 4][3\ ;\ 4], et 2 est « sauté ».

C'est la continuité qui évite les sauts. Le théorème des valeurs intermédiaires dit : si ff est continue sur [a ; b][a\ ;\ b], alors ff prend toutes les valeurs comprises entre f(a)f(a) et f(b)f(b).


2. Théorème de la bijection

Conditions du théorème

Pour appliquer le théorème, vérifier trois conditions :

  1. ff est continue sur l'intervalle [a ; b][a\ ;\ b] ;
  2. ff est strictement monotone sur [a ; b][a\ ;\ b] ;
  3. le réel kk est compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b).

Continuité et stricte monotonie sur un intervalle

Chacune des deux conditions joue un rôle précis :

  • la continuité garantit l'existence d'une solution (pas de saut) ;
  • la stricte monotonie garantit l'unicité (chaque valeur au plus une fois).

Il faut les deux : si l'une manque, la conclusion peut tomber.

Conclusion sur l'existence et l'unicité d'une solution

Théorème. Si ff est continue et strictement monotone sur [a ; b][a\ ;\ b], alors pour tout réel kk compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b), l'équation f(x)=kf(x) = k admet une unique solution dans [a ; b][a\ ;\ b].

On dit que ff réalise une bijection de [a ; b][a\ ;\ b] sur l'intervalle des valeurs prises : à chaque valeur kk correspond un seul xx.

Le théorème s'étend aux intervalles ouverts ou infinis : on remplace alors f(a)f(a) et f(b)f(b) par les limites de ff aux bornes de l'intervalle.


3. Déterminer et encadrer une solution

Énoncé. Montrer que l'équation x3=1−xx^3 = 1 - x admet une unique solution α\alpha dans [0 ; 1][0\ ;\ 1], puis en donner un encadrement d'amplitude 10−210^{-2}.

Transformer une équation pour utiliser le théorème

Le théorème s'applique à une équation de la forme f(x)=kf(x) = k. Il faut donc mettre l'équation sous cette forme :

x3=1−x⟺x3+x=1x^3 = 1 - x \quad \Longleftrightarrow \quad x^3 + x = 1

Poser f(x)=x3+xf(x) = x^3 + x et k=1k = 1. Résoudre l'équation de départ revient à résoudre f(x)=1f(x) = 1.

Vérifier les conditions

  • Continuité : ff est une fonction polynôme, donc continue sur R\mathbb{R}, donc sur [0 ; 1][0\ ;\ 1].
  • Stricte monotonie : f′(x)=3x2+1f'(x) = 3x^2 + 1. Pour tout réel xx, f′(x)>0f'(x) > 0, donc ff est strictement croissante sur [0 ; 1][0\ ;\ 1].
  • Valeur comprise entre les images des bornes : f(0)=0f(0) = 0 et f(1)=2f(1) = 2. Comme 0≤1≤20 \leq 1 \leq 2, le réel 11 est compris entre f(0)f(0) et f(1)f(1).

Établir l'existence et l'unicité

Rédiger la conclusion en citant le théorème :

La fonction ff est continue et strictement croissante sur [0 ; 1][0\ ;\ 1], avec f(0)=0f(0) = 0 et f(1)=2f(1) = 2. Or 1∈[0 ; 2]1 \in [0\ ;\ 2]. D'après le théorème de la bijection, l'équation f(x)=1f(x) = 1 admet une unique solution α\alpha dans [0 ; 1][0\ ;\ 1].

Encadrer la solution

Calculer des valeurs de ff avec un pas de 0,10{,}1 :

  • f(0,6)=0,63+0,6=0,816f(0{,}6) = 0{,}6^3 + 0{,}6 = 0{,}816, donc f(0,6)<1f(0{,}6) < 1 ;
  • f(0,7)=0,73+0,7=1,043f(0{,}7) = 0{,}7^3 + 0{,}7 = 1{,}043, donc f(0,7)>1f(0{,}7) > 1.

On a donc f(0,6)<f(α)<f(0,7)f(0{,}6) < f(\alpha) < f(0{,}7). Comme ff est strictement croissante, l'ordre est conservé :

0,6<α<0,70{,}6 < \alpha < 0{,}7

Resserrer avec un pas de 0,010{,}01 entre ces deux bornes :

  • f(0,68)≈0,9944<1f(0{,}68) \approx 0{,}9944 < 1 ;
  • f(0,69)≈1,0185>1f(0{,}69) \approx 1{,}0185 > 1.

Donc :

0,68<α<0,690{,}68 < \alpha < 0{,}69

C'est un encadrement d'amplitude 10−210^{-2}, comme demandé.

Affiner l'encadrement et obtenir une valeur approchée

Pour une précision plus grande, refaire la même démarche avec un pas de 0,0010{,}001 entre 0,680{,}68 et 0,690{,}69 :

  • f(0,682)≈0,9992<1f(0{,}682) \approx 0{,}9992 < 1 ;
  • f(0,683)≈1,0016>1f(0{,}683) \approx 1{,}0016 > 1.

Donc :

0,682<α<0,6830{,}682 < \alpha < 0{,}683

Une valeur approchée de α\alpha à 10−310^{-3} près est 0,6820{,}682.


4. Utilisation de la calculatrice

Déterminer une valeur approchée

Utiliser le tableau de valeurs de la calculatrice :

  1. saisir la fonction ff ;
  2. choisir un début et un pas (par exemple départ 00, pas 0,10{,}1) ;
  3. repérer les deux lignes consécutives entre lesquelles f(x)f(x) passe de « en dessous de kk » à « au dessus de kk » ;
  4. recommencer avec un pas plus petit entre ces deux valeurs.

On peut aussi tracer la courbe de ff et la droite y=ky = k, puis utiliser la fonction « intersection ».

Vérifier un encadrement

Pour confirmer un encadrement m<α<Mm < \alpha < M, calculer f(m)f(m) et f(M)f(M) et vérifier que kk se trouve entre les deux.

Exemple : vérifier que 0,682<α<0,6830{,}682 < \alpha < 0{,}683. La calculatrice donne f(0,682)≈0,9992f(0{,}682) \approx 0{,}9992 et f(0,683)≈1,0016f(0{,}683) \approx 1{,}0016. Comme 0,9992<1<1,00160{,}9992 < 1 < 1{,}0016 et que ff est strictement croissante, l'encadrement est correct.

Respecter la précision demandée

Lire attentivement la formulation de l'énoncé :

  • « encadrer à 10−210^{-2} près » : donner deux bornes dont l'écart vaut 0,010{,}01, par exemple 0,68<α<0,690{,}68 < \alpha < 0{,}69 ;
  • « donner la valeur arrondie au centième » : il faut connaître assez de décimales pour arrondir sans se tromper.

Dans notre exemple, l'encadrement 0,68<α<0,690{,}68 < \alpha < 0{,}69 ne suffit pas pour savoir si l'arrondi au centième est 0,680{,}68 ou 0,690{,}69. L'encadrement plus fin 0,682<α<0,6830{,}682 < \alpha < 0{,}683 montre que l'arrondi au centième est 0,680{,}68.

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