Le théorème des valeurs intermédiaires et de la bijection
Cette fiche apprend à démontrer qu'une équation a une solution unique, puis à l'encadrer. Un grand exemple guidé suit toute la démarche, de la rédaction jusqu'à la calculatrice.
1. Monotonie et bijection
Lien entre stricte monotonie et unicité
Si une fonction est strictement monotone sur un intervalle , alors l'équation a au plus une solution dans .
Comprendre pourquoi une fonction strictement monotone prend chaque valeur au plus une fois
Prenons strictement croissante sur . Si , alors , donc .
Deux réels différents ont donc toujours des images différentes. Il est impossible que deux valeurs de aient la même image : la valeur est atteinte au plus une fois. Le raisonnement est le même pour une fonction strictement décroissante.
Exemple : la fonction n'est pas strictement monotone sur , et l'équation y a deux solutions, et . Sur , elle est strictement croissante, et l'équation n'a qu'une solution : .
Lien avec l'existence et l'unicité d'une solution
La stricte monotonie donne l'unicité (au plus une solution). Elle ne garantit pas l'existence : il faut aussi que la fonction n'ait pas de « saut ».
Exemple : si et si . Sur , est strictement croissante, mais l'équation n'a aucune solution : les valeurs prises sont dans puis dans , et 2 est « sauté ».
C'est la continuité qui évite les sauts. Le théorème des valeurs intermédiaires dit : si est continue sur , alors prend toutes les valeurs comprises entre et .
2. Théorème de la bijection
Conditions du théorème
Pour appliquer le théorème, vérifier trois conditions :
- est continue sur l'intervalle ;
- est strictement monotone sur ;
- le réel est compris entre et .
Continuité et stricte monotonie sur un intervalle
Chacune des deux conditions joue un rôle précis :
- la continuité garantit l'existence d'une solution (pas de saut) ;
- la stricte monotonie garantit l'unicité (chaque valeur au plus une fois).
Il faut les deux : si l'une manque, la conclusion peut tomber.
Conclusion sur l'existence et l'unicité d'une solution
Théorème. Si est continue et strictement monotone sur , alors pour tout réel compris entre et , l'équation admet une unique solution dans .
On dit que réalise une bijection de sur l'intervalle des valeurs prises : à chaque valeur correspond un seul .
Le théorème s'étend aux intervalles ouverts ou infinis : on remplace alors et par les limites de aux bornes de l'intervalle.
3. Déterminer et encadrer une solution
Énoncé. Montrer que l'équation admet une unique solution dans , puis en donner un encadrement d'amplitude .
Transformer une équation pour utiliser le théorème
Le théorème s'applique à une équation de la forme . Il faut donc mettre l'équation sous cette forme :
Poser et . Résoudre l'équation de départ revient à résoudre .
Vérifier les conditions
- Continuité : est une fonction polynôme, donc continue sur , donc sur .
- Stricte monotonie : . Pour tout réel , , donc est strictement croissante sur .
- Valeur comprise entre les images des bornes : et . Comme , le réel est compris entre et .
Établir l'existence et l'unicité
Rédiger la conclusion en citant le théorème :
La fonction est continue et strictement croissante sur , avec et . Or . D'après le théorème de la bijection, l'équation admet une unique solution dans .
Encadrer la solution
Calculer des valeurs de avec un pas de :
- , donc ;
- , donc .
On a donc . Comme est strictement croissante, l'ordre est conservé :
Resserrer avec un pas de entre ces deux bornes :
- ;
- .
Donc :
C'est un encadrement d'amplitude , comme demandé.
Affiner l'encadrement et obtenir une valeur approchée
Pour une précision plus grande, refaire la même démarche avec un pas de entre et :
- ;
- .
Donc :
Une valeur approchée de à près est .
4. Utilisation de la calculatrice
Déterminer une valeur approchée
Utiliser le tableau de valeurs de la calculatrice :
- saisir la fonction ;
- choisir un début et un pas (par exemple départ , pas ) ;
- repérer les deux lignes consécutives entre lesquelles passe de « en dessous de » à « au dessus de » ;
- recommencer avec un pas plus petit entre ces deux valeurs.
On peut aussi tracer la courbe de et la droite , puis utiliser la fonction « intersection ».
Vérifier un encadrement
Pour confirmer un encadrement , calculer et et vérifier que se trouve entre les deux.
Exemple : vérifier que . La calculatrice donne et . Comme et que est strictement croissante, l'encadrement est correct.
Respecter la précision demandée
Lire attentivement la formulation de l'énoncé :
- « encadrer à près » : donner deux bornes dont l'écart vaut , par exemple ;
- « donner la valeur arrondie au centième » : il faut connaître assez de décimales pour arrondir sans se tromper.
Dans notre exemple, l'encadrement ne suffit pas pour savoir si l'arrondi au centième est ou . L'encadrement plus fin montre que l'arrondi au centième est .